L’annonce d’une suite ne laisse jamais présager quelque chose de bon. La plupart du temps un second volet fait suite à une masterpiece ou à une pression populaire. L’idée même d’une suite peut revêtir une pensée vile : celle d’exploiter un filon afin d’amasser plus d’argent sans avoir à se fouler grâce au succès du premier volume. Alors si son auteur est considéré comme mort et enterré, il est clair que l’idée du plan foireux persiste. C’est donc dans cette atmosphère que Raekwon nous revient avec son Only Built 4 Cuban Linx part. 2 suite de son classique de 95. 14 ans après et une carrière en demi-teinte alourdit par l’accueil glacial réservé à son dernier opus The Lex Diamond Story en 2003, Raekwon lâche sa dernière carte pour prouver que le mc reste toujours au top. Mais l’annonce de cette suite n’a pas pour unique but de réaliser un doublet parfait car plus qu’un album Only Built 4 Cuban Linx est un concept et une vraie histoire. Si le succès du premier album repose en partie sur les prods de RZA, la majorité de cet exploit revient à Raekwon (accompagné principalement de Ghostface Killah) et son story telling qui nous plonge dans un univers alternatif où le héros Louis Rich "Lex" Diamonds et les Wu-gambinos nous délivrent un mafioso rap à base de trafic de drogue et de règlement de compte dans un NY chaotique. Et au final, pour tout fan de OB4CL, ne compte que cet environnement et non l’annonce d’un nouveau classique trop illusoire en ces temps. 14 ans après le ras de marée OB4CL, le Chef a-t-il encore la hargne pour nous concocter un part 2 du même acabit ?
THE MAFIOSO DON
A 40 ans passé, Raekwon joue gros sur cet album et sur l’ensemble il en a clairement conscience. Loin d’avoir la fougue de sa jeunesse, The Chef préfère jouer sur sa maturité et sa maîtrise du story telling proche de la perfection. La jonction sonore entre North Star (Jewels) outro de OB4CL et Return Of The North Star
assure la transition parfaitement, la story line est posée et le mafioso don bel et bien de retour. A travers les 22 tracks de cet album, Rae nous comte la journée de son caïd Louis Rich "Lex" Diamonds avançant dans la ville au fil des rencontres tout en gérant ses deal de dope sur l’énorme Pyrex Vision et les meurtres de ses concurrents avec Baggin Crack. Alors oui les thèmes sont certes récurrents entre les deux opus, mais c’est ce qui fait le charme de l’album surtout que la maîtrise lyricale de Raekwon est vraiment peu critiquable. Si son flow est moins tranchant, ses paroles sont toujours aussi acérées. Et même sur les moments plus intimes
comme son hymne à ODB sur Ason Jones, Rae nous livre un panel d’émotion impressionnant faisant de ce morceau une des master piece de l’album. Mais comme tout mafioso don qui se respecte, Raekwon a besoin de ses Wu Gambinos pour l’épauler dans cette jungle urbaine.
THE WU GAMBINOS
A commencer par le plus célèbre Tony Starks aka GFK, qui vient épauler, comme sur le premier opus, le mafioso don. Présent sur 7 des 22 morceaux (clairement moins que sur OB4CL part 1), GFK amène sa rage au mic là où Rae reste plus posé. L’alchimie est toujours au rendez-vous et Ghostface enchaîne les prestations de haut vol, 10 Bricks suffira à rassurer les septiques. Autres Gambinos indispensable, Bobby Steels aka RZA suit le chemin emprunté sur NYC Crack de l’étonnant Chamber Musics en délivrant une grosse prestation bien délirante sur Black Mozart. Jonathan "Johnny Blaze" Blazini aka Method Man très critiqué sur sa prestation dans l’opus Blackout 2 revient très en forme incarnant à la perfection le guerrier asthmatique à limite de la mort nous rappelant, au bon souvenir, pourquoi la track Method Man du 36th Chambers avait créé des otites musicales. Maximillion, Noodles et Rollie Fingers aka GZA, Masta Killa et Inspectah Deck ne sont pas en reste et ce retour en force des membres du Wu, même si l’absence de Lucky Hand aka U-God est à noter, donne beaucoup d’espoir pour le futur, en tout cas le Wu Tang Clan est loin d’être mort. Autre absence remarqué celle de Nas Escobar remplacé par le duo Style P et Jadakiss pour un concours lyrical sur Broken Safety. A noter la présence de Cappachino aka Cappadonna sur l’énorme 10 bricks et de Beanie Sigel sur Have Mercy. Au final, du très très lourd au niveau guest aussi bien sur le papier que dans le contenu. On pourra critiquer le trop plein d’invité mais le succès d’OB4CL s’est aussi basé sur la présence de feat. sur l’ensemble de la galette.
THE CAPO PRODUCERS
Le premier OB4CL avait sa production entièrement réalisée par The RZA. Pour ce second opus, Rae s’entoure de plusieurs beatmakers cela, sans doute, dû à certaines tensions redondantes entre le Raekwon et RZA mais aussi par l’envie de varier son album. Toujours est-il que RZA garde le rôle de executive producer. Ce dernier ne livre au final que deux productions mais quelles instrus !!! Un vrai retour aux sources sur New Wu et un Godfather revisité sur un Black Mozart wutangesque ! Un shaolin pouvant en cacher un autre, quelle surprise en découvrant les 3 réalisations de feu J Dilla, véritable caméléon, Jay Dee a su se plonger dans l’univers shaolin pour délivrer un vrai travail d’orfèvre : le guerrier House Of Flying Daggers, le funky et sensuel Ason Jones et l’expéditif 10 bricks. Les wu addict seront ravis de voir réapparaître le très discret Allah Mathematics sur le percutant Mean Streets. Le producteur multi facette Scram Jones délivre le très cramé mais très bangesque Kiss The Ring n’hésitant pas à taper son beat sur du Elton John. Très bon travail de Dre carré et propre sans pour autant casser la baraque, le vrai reproche des productions lâchées par Dre c’est leur manque de cohésion par rappport à l’ambiance de l’album, dommage. Necro avec Gihad, Erick Sermon avec Baggin Crack et The Alchemist avec Surgical Gloves participent à ce grand carnaval en livrant du très lourd et en permettant à Raekwon de livrer le meilleur de ses verses.
GODFATHER TRILOGY ?
S’il a fallu a Francis Ford Coppola deux ans pour réaliser sa suite à la première partie du Parrain, il en aura fallu 14 ans pour Raekwon pour revenir. Si, au final, il est toujours dur de sublimer un premier volume considéré comme classique, Raekwon prouve avec ce OB4CL 2 qu’il a toujours le niveau pour nous délivrer un album proche de sa première mouture. Bien sur tout n’est pas parfait, certains pourront trouver l’album trop long, d’autres reprocheront à Raekwon d’être devenu trop mou au micro mais au final il n’y a pas grand-chose à jeter sur ce très bon album. En respectant la ligne directrice, l’histoire du caïd et la présence des wu-gambinos, Raekwon remplit clairement son contrat. Si Kiss The Ring, à l’inverse de North Star, n’ouvre pas forcément la porte à de nouvelles aventures comtées par Louis Rich, on espère un part 3 du même calibre assez rapidement.
17,5/20

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