2 janv. 2010

O.C. & A.G. - Oasis : Together Brothers (2009)





Dans un monde parfait, la qualité serait gage de succès. Mais dans un monde parfait, le rap n’existerait pas. A choisir, autant laisser la place au rap et en sacrifier les plus ardant défenseurs et les élèves prodiges.  Cependant, la frustration ne peut que nous envahir quand le nom du DITC raisonne dans nos oreilles. Cité comme un label qualité dans tous les forums spécialisés du monde, le nombre de fans réels, lui, est loin de refléter l’engouement des e-listeners…  On peut donc se demander s’il existe une malédiction DITCienne ? Si on gratte un peu la couche noire du dessus, on s’aperçoit très vite que cette malédiction provient plus de ses membres que du crew en lui-même. L’exemple le plus triste reste évidemment la mort de Big L à seulement 25 ans. Et que dire de l’énorme World…Life de O.C. passait complètement inaperçu par la faute d’un des plus gros classiques du Hip-Hop : Illmatic de NaS. Il en faut des convictions pour continuer à performer et se retrouver aujourd’hui avec un nouvel album. Pour Andre The Giant, la ballade dans le monde du Hip-Hop n’a pas non plus été de tout repos. Considéré comme un rookie prometteur, sa carrière en duo avec Showbiz n’a pas rencontré le succès souhaité et mérité, il serait dur de dédouaner les médias de l’époque plutôt boucher que support sur le coup. Alors quand on voit que l’ex-membre le plus visible médiatiquement, Fat Joe, se prend gamelle sur gamelle, on se demande ce qu’il reste réellement de ce crew légendaire : Diggin' in the Crates Crew ?


Pourtant, le DITC respire doucement, dans l’ombre, proche du caniveau, car c’est dans la merde que les membres nous éclairent. Entre les Rare & Unreleased, les albums de O.C. and A.G. ou encore les productions de Showbiz, le DITC continue à nous fournir des masters pièces. Alors forcément quand le Oasis de nos deux compères arrive dans les bacs avec plus de deux ans d’attente, on s’arme d’un protège-dent et l’on s’attend à se prendre une balle musicale de 367 magnum dans les gencives. A cela, vous rajoutez la fierté franchouillarde de retrouver E-blaze aka ex Demon B des Tout Simplement Noir et votre fin d’année risque de se clôturer en beauté. Par contre, objectivement, le fait que Show laisse libre cour à la créativité de notre frenchy ne risque pas de desservir la qualité finale de cet album ?

Désolé, par avance, pour la redondance de mes propos mais il est important de rappeler un principe général propre au DITC.  La création et l’existence de ce crew repose sur les bases traditionnelles et logiques du Hip-Hop : des mcs à fort potentiel capables de sublimer des instrus simples mais efficaces par leur prestation microphonique. Et si Show reste le producteur incontournable et le garant de cette tradition, ce n’est pas pour autant qu’il s’entoure de producteurs à fort potentiel pour en faire des clones. Bien au contraire, l’arrivée de E-Blaze sous le giron du maître avait pour but d’accompagner le jeune premier sans le détourner de la route. Donc je ne crierai pas au scandale quand à l’aspect plus smooth offert par E-Blaze sur cet Oasis. Bien au contraire, l’apport de la touche du frenchie apporte un petit vent de fraîcheur pour le flow de O.C. & A.G.

La preuve par les faits avec un Keep It Going de toute beauté où le beat s’allie parfaitement avec les prestations de A.G. mais surtout d’un O.C. vitaminé comme on ne l’avait pas vu depuis un bout de temps. Culminance de la complémentarité des deux mcs, Every Day Life ou encore Put It In The Box apportent un des grands moments de l’album. On pense ne pas monter plus haut niveau mceeing mais la track finale Pain avec Mirror Image nous assainie le coup de grâce auditif. Avec le très groove Reality Is, E-Blaze offre à A.G. un moment de sublimation intense qui laissera le listener sur le cul, le même constat s’établit pour O.C. avec Contagious. Si Think About It ou God’s Gift (par sa répétition) semblent moins accessibles ou moins peaufinés, le constat de la participation de E-Blaze à cet album est unanime : un travail fin et efficace qui risque fortement d’influencer la vibe DITCienne pour la nouvelle décennie. Show peut être fier de son élève.

En parlant Show, le prodo arrive à nous servir 3 beats dans la pure lignée de son travail. Avec Boom Bap, beaucoup décrié bizarrement, Show offre un moment de classicisme parfait : du pure DITC à l’ancienne et un rythme addictif. Et on s’arrête pas là car Two For The Money avec la contribution de Primo est juste la grosse tuerie du skeud. On fera la gueule à l’écoute de Supreme Squad loin d’être à la hauteur du titre que ce soit au mic ou sur l’instru. Une fusée pouvant en cacher une autre, on retrouve sans surprise Lord Finesse sur l’album, avec Give It Back et Alpha Males, une vraie histoire de famille qui fait mouche et qui cloue des becs. Par contre Get Away était évitable tellement l’instru semble anecdotique par rapport aux restes. Une fois n’est pas coutume, j’applaudis le travail fourni par Statik Selectah qui a su fusionner dans l’univers du DITC sans le dénaturer.

Au final, peu de soucis à se faire, O.C. et A.G. sont des tueurs au mic et cela il n’y a pas besoin de le prouver. Deux énormes mcs qui run dans l’ombre et qui raviront toutes les oreilles des Hip-Hop Headz. Quant à la production, tous les éléments attendus sont là, E-Blaze confirme et amène sa touche pendant que Show & Finesse nous délivrent des petites bombes auditives. Un album, certes très attendu, mais au moins un album d’une qualité exceptionnelle. Oasis un album incontournable de l’année 2009 et même incontournable tout court !




17/20





1 commentaire:

Soxe a dit…

Un peu triste de ne pas mentionner Finesse dans le premier paragraphe.