21 mai 2012

Kyo Itachi & Ruste Juxx - Harbodie Hip Hop (2012)




Décidément, la scène rap contient des spécimens vraiment rares dans leur genre, mcs du dimanche ou simples amateurs sans réel but, beaucoup sortent comme ils sont rentrés c'est-à-dire par la porte « anonyme » pendant que d’autres, doigts de pied en éventail, prennent leur temps pour se lancer réellement. Dans la catégorie « lay low mec, on a tout le temps », le boucher de Crown Heights est surement un des leaders (espèce de Lino à l’américaine), découvert sur Magnum Force des Heltah Skeltah (donc il y a presque 14 ans) puis sur les 12’’ de Bellamy réédité sous format CD en 2009 sous l’appellation East Flatbush Project : First Overdue (Masterpiece), il faudra attendre 2008 pour qu’une première pierre soit posée ce qui fut bien malheureux pour nos oreilles (Indestructibles). Pour autant, la fusée était lancée et les projets pour ce mc à la réputation guerrière au mic s’accumulent en moins de 2 ans : le projet The Exxecution avec le canadien Marco Polo avait fait monter la sauce mais pas assez pour que l’on outrepasse  l’Epic Fail que fut Adamantine avec Endemic (très vilain). Fin 2011, Ruste Juxx nous avait laissé avec une belle égalité : une bombe, une bouse. De l’autre côté de l’Atlantique, un beatmaker lui accumulait les succès d’estime, son nom Kyo Itachi, beatmaker mixant manga et son US, il avait tapé un grand coup avec son Musikyo avant d’enchainer les projets avec LMNO et Irealz à vitesse grand V. Bref, si il y a peu de choses qui au départ semble les lier, les deux gars viennent de manger du champignon façon Mario Kart tellement ça speed niveau actualité.  Encore faut-il ne pas brasser de l’air et proposer des produits de qualité, ne pas confondre vitesse et précipitation malgré le dicta de l’expression « Buzz ».


Hardbodie Hip-Hop est donc le fruit d’une collaboration en 16 actes entre le natif du Blanc Mesnil Kyo Itachi et le natif de Brooklyn Ruste Juxx. C’est aussi pour l’un et pour l’autre, l’album qui les rendra indélébiles de la scène rap actuel avec pour chacun un défi à relever : une capacité à varier les lignes de production pour Kyo Itachi et surtout une capacité à mettre un brin de finesse dans un delivery ensanglanté et bourrin pour Ruste Juxx



Ce qui est sur à la première écoute, c’est que le drapeau blanc musical ne semble pas d’actualité sur ce Harbodie Hip-Hop, pas le temps pour les regrets, on vient ici pour trancher dans le vif et faire sauter des têtes. Armé de sa Akai MPC et de ses influences Madlibiennes et Pete Rockiennes comme ce fut le cas sur Musikyo, Kyo Itachi endosse clairement le rôle de commandant guerre. A la fois beatmaker et Producter executive (avec à nouveau Randy Mc) puisque l’album sort sous son label Shinigamie Records, le frenchie livre un plan sonore stratégique qui évite de tomber sous la gouverne des oreilles souvent encrassées de Ruste Juxx (AZ sort de ce corps). De son côté en bon soldat, Tha Mic Butcher semble avoir pris conscience des critiques pour revenir à un flow moins poussif tout en laissant place une agressivité plus coordonnée : moins d'hurlement pour un flow plus sur la mesure. Si bien sur, on pouvait se douter que l’aspect lyrical serait moins flagrant que la collaboration avec LMNO, on peut admettre que le mec reste une valeur sur de la charcuterie lyricale. Aussi expéditif que les dénominations des morceaux l’ami Ruste Juxx désosse le game à la kalachnikov lyricale (Fuck Ruste Juxx, Anti Wack Shit, Darkest Nights, Hardest From The Underground).



Autre point fort de cette collaboration, les invités qui viennent casser la monotonie d’un Ruste Juxx seul au mic et souvent lourd sur la longueur. On gardera, bien sur, en premier lieu l’apparition de R.A. The Rugged Man sur un instrumental très Manga (No Prints), la collaboration façon coopérative de tripier avec Blaq Poet et Dirt Platoon et la présence d’un Rock à la vitamine c sur Three the Squad Way (avec aussi Vinnie qui fait… du Vinnie Paz). Seule réelle déception dans cette liste d’invité, la présence de Little Vic uniquement au hook de Strapped Wit A Whut !  On remarquera aussi, la présence de F.T. sur Termin 8 trop discret dans ses apparitions, très bon moment.



Sur l’ensemble de la galette, on notera tout de même une baisse de régime à partir de Victory Is All Mine, avec une redescente trop douce pour réellement ne pas sentir la rupture de ton en comparaison avec une ligne de production très rythmé en première partie. On portera donc moins attention à des titres comme Boom Bap Classic, Alibi et I’m Def moins marquant que la brochette Harbodie Hip-Hop, Hot Shit For U, Boom Bap Goon Rap et Fuck Ruste Juxx, du boom bap en barre. Quant au clin d’œil à Zelda sur Strapped Wit A Whut!, que l’on aime ou pas, la ligne de production reflète clairement l’état d’esprit de Kyo Itachi.



3ème année sous les spots du Hip-Hop pour le beatmaker français qui semble infatigable, l’arrivée de ce Hardbodie Hip-Hop aurait pu être la première anicroche à sa carrière mais au final Kyo Itachi gère très bien son virage. On pourra aussi comprendre les critiques de certain sur une ligne de production identique à ses autres réalisations (surtout sur les drums), il en reste que l’efficacité est toujours au rendez-vous. Quant au boucher de Crown Heights, Ruste Juxx, cette collaboration lui permet de remonter la pente et de rester une valeur sure des satellites du Boot Camp Click, espérons pour lui que son oreille ne lui refasse pas défaut pour éviter un Adamantine 2.


 16/20

3 commentaires:

Nosta One a dit…

est ce que j serais le seul a avoir remarqué la similitude dans la melodie de "No prints" et celle du "The Square" d' Heltah Skeltah sur "Nokturnal"....
ptet une reference au Boot camp....

Unknown a dit…

Pour le coup j'avais pas fait attention, dur de dépasser l'OG

SnowgoonS a dit…

Pas fait attention non plus, bien la chro mais j’aurai kiffé te voir écrire en mode shaolin... style Musikyo... je vais pas m’étaler j'ai beaucoup beaucoup aimé, Ruste fait du Ruste égale a lui même je comprends pas ceux qui ne le supportent "plus" musicalement Kyo perso j’adhère de plus en plus, il ne lasse pas et ça c'est fort... puis professionnellement il a l'air de bien savoir ce qu'il fait et la façon dont il faut le faire... bref j’adhère !