10 mai 2012

Ka - Grief Pedigree (2012)

 
Sorti sans réelle promotion, la bombe Marcberg avait très vite infiltré les conduits auditifs des auditeurs de rap US. Retour d’un rap purement Boom Bap et nostalgique, le Marcberg soufflait alors comme une brise nouvelle (alors que dans le fond, Roc Marciano reprenait à son compte les ingrédients des 90’s). Additionné par un travail d’orfèvre aussi bien à la production et à l’écriture, l’association du mot « classique » avec Marcberg commençait à faire son chemin. Statut toujours contesté et cela logiquement, par manque de recul, Roc Marciano et son premier effort en restent pour autant une déflagration sonore sans commune mesure depuis 10 ans. Devenu le centre du rap, chaque apparition de Roc Marciano crée le buzz et fixe les projecteurs sur sa personne (une vraie rampe de lancement pour les newbies). Quant à l’influence musicale et l’esprit que véhiculent Marcberg, il suffit de suivre l’actualité musicale sur la toile pour se rendre compte du nombre de petits qu’à engendrer cet album. Dans cette catégorie et avec une réelle légitimité puisque le mc est le seul et unique invité du Marcberg, Ka rebondit sur l’occasion pour nous livrer Grief Pedigree. Album complémentaire ou juste copie sans âme du Marcberg, le pari est osé pour ce mc natif de Brownsville et old-timer de surcroît.




Grief Pedigree est en quelque sorte la version musicale du Guronsan, effet booste à la première prise, on se rend vite compte qu’avec le temps l’effet s’amenuise pour nous ramener à un état léthargique habituel. Et bien cet album est fait des mêmes effets, à la première écoute, on saute de joie à se dire qu’une galette plie d’entrée de jeu l’année 2012 (pas très dur) puis le replay value s’amenuise au fur et à mesure des écoutes, pour au final se rendre compte que l’on s’emmerde un peu, parfois ou complètement et bien profondément sur cette galette…



Session de production estampillée 90’s sur la forme, beats boom bap et minimalistes coupés à la benzocaïne, slow flow agrémenté de lyrics crus et conscients, tous les ingrédients pour lâcher une ogive dans la droite lignée du Marcberg semblent présents mais le résultat va clairement dans le sens contraire.



La faute principalement à une confusion dans la ligne de production où on est plus en présence de beats simplistes que de boucles minimalistes voire parfois brouillons plus que complexes. On s’interrogera sur la musicalité et même l’intérêt de produire un titre aussi indigeste que Vessel, on se demandera pourquoi, au fur et à mesure des écoutes des titres comme Cold Facts ou Every…, sonnent complètement désuets ou donnent une impression de déjà-vu… Bref on navigue constamment entre déception et moment de grâce sans pour autant réussir à savoir quel côté de la force on souhaite vraiment emprunter.



Derrière un travail musical trop léger pour réellement faire l’unanimité, il serait dommage de cracher sur Ka qui pour le coup, livre une prestation de qualité. Flow monocorde et glacial, Ka pose un travail d’écriture introspectif (mais aussi dans la droite lignée mafioso de ses propres aspirations) qui nous plonge dans la noirceur de l’être humain et son environnement. Narrateur dramatique du quotidien, le mc éclipse le beat par des lyrics toujours directs (Up against Goliath, Iron Age assombri par le rendu de la collaboration avec Roc Marciano, No Downtime sur un beat plus enjoué qui aère un peu l’album). Dure de trouver des moments de gaieté, outre le piano de Decisions et le Reef de No Downtime.



Dans cette espèce de bouillon qu’est Grief Pedigree, oscillant entre la noirceur des précurseurs D.I.T.C. où les réminiscences des lyrics d’un Raekwon d’OB4CL s’entrecroisent, il est réellement dur de trancher et de catégoriser l’album. On laissera donc Ka dans ce brouillard tout en essayant de se rappeler que des titres comme Chamber et Summer restent en cette année 2012 des valeurs sûres.


14/20

3 commentaires:

KAM a dit…

haa je l'attendais cette chronique drill ! Pour faire court je dirais que Grief est un skeud assez difficile d'accès, rien de clinquant ou de racoleur, que sa soit dans les thèmes, le flow, la voix, la couleur sonore, sa porte fièrement le label "bitume new yorkais crasseux". Pas fan au début, les écoutes répétées ont eu raison de moi, c'est purement dans la lignée de Marcberg, pure ambiance, en mode western urbain/nuit passées a trainer dans les rues de Brownsville, à se questionner sur le bien/le mal, la rue et ses conséquences, les décisions qui influent sur nos vies etc etc...Bref, Grief Pedigree sera très certainement dans mon Top 5 à la fin de l'année ...

Unknown a dit…

Ouais j'ai assez de mal à me faire une réelle opinion du skeud. Là pour le moment je l'ai mis de côté car un peu overdose... Vu le niveau de l'année pour le moment c'est surement une des meilleures sorties mais j'ai vraiment peur pour le replay value

SnowgoonS a dit…

Bien bonne la chro ! Efficace, pas de fioriture...

je rejoins ton comm' je l'ai mis de coté assez rapidement aussi parce que je pouvais plus...

Par contre je me fais moins de souci pour le second round, je pense quand le laissant un peu (beaucoup) decanter, il sera plus facile de le savourer car encore meilleurs, enfin je pense...