DJ Premier, Lord Finesse,
Buckwild, RZA, Large Professor, des noms facilement assimilables au rap et plus
précisément à l’art du beatmakin’ pour tout connaisseur rationnel. Toute une
génération qui a su, et mérité, d’attirer la lumière sur leurs travaux
respectifs. Et puis comme par tradition du diggin’, il y a la face b des
producteurs, les artistes talentueux mais pas forcément stratèges ou tout simplement malchanceux. Les
Bellamy, DJ Mighty Mi, Da Beatminerz au choix dans une liste exponentielle font
partis de cette face b. En creusant, un peu on trouvera associé aux légendaires
Cella Dwellas (légendaire mais surtout underrated) le producteur Nick Wiz, plus
qu’un simple producteur
associé à un groupe Nick Wiz est au Hip-Hop ce que Chester Hime est au polar
noir, un artisan des ténèbres qui puise sa créativité dans l’obscurité de la
matière. Point que James DL Ellison a très vite perçu et que ce
listener-entrepreneur a su mettre en avant dans le catalogue musical de son
label No Sleep Recordings à côté des grands noms du D.I.T.C. ou même des
valeurs sures actuelles comme Celph Titled. Bon flaire (comme à chaque fois)
puisque James DL Ellison a pu ainsi récupérer de quoi lâcher la série des Cellar Sounds avec un
nombre incroyable d’unrelease d’une qualité sans égale (qualité que l’on
retrouve sur l’ensemble de la série For Those That Slept distribué par le
label). Une fois le bon filon trouvé autant continuer de digger, surtout que
cette fois-ci la chasse a permis de déterrer 21 tracks enregistrés avec Ran
Reed, mc satellite des Cella Dwellas qui n’a pas su porter sa carrière plus
loin que des apparitions diverses. Respect The Architect a donc une double
mission : continuer à démontrer le talent de Nick Wiz et permettre à un mc
oublié de marquer le mouvement par un album.
1992, dans le New-Jersey,
l’ébullition musicale est perceptible, le rap a depuis longtemps dépassé l’Hudson
River pour abreuver tous les corners de l’Etat voisin. Au studio The Cellar de
Nick Wiz, une troupe d’anonyme s’exerce au maniement du micro et de la
SP-1200.C’est au tour de Ran Reed de s’entraîner pour la première fois dans le
lab, et pour cette première salve il déverse son flow sur une production de B-Divine,
Pass Da Budda, rien d’incroyable au final mais un potentiel qui saute aux yeux
de Nick Wiz puisque la même année il lui propose le beat de Catch The Contact,
le duo fonctionne : beat taillé sur mesure au flow de Ran Reed.
1993, fini les démo freestyle et
début de ce qui fera le succès des Cella Dwellas c'est-à-dire un rap
underground classique qui tire sa plus value de textes très bien écrits et de
beats sombres et crades comme New-York les aime. Si la pate de Nick Wiz est
alors peu présente sur ces deux années, on ressent quand même les influences de
l’époque et l’attraction pour les boucles efficaces, On and On et sa boucle
jazzy, les sample dark soul de Never Knew Me Then sur une prestation de playa
et de Boot in the Door.
1994, le succès et la reconnaissance
sont encore lointain pour l’écurie de The Cellar, les frustrations montent, le
talent est là mais l’exposition n’arrive pas. On vit de petits boulots minables
et sans réels intérêts. 9to5 sur une boucle addictive renvoie à ce constat loin
des strass et paillettes du Mainstream.
1995, il n’aura pas eu besoin
d’attendre les années 2000 et The Game pour avoir le droit à la notion de Name
Droppin même si pour le coup The Fastlane est plus intimiste et à pour but de
raconter une véritable histoire (ce que The Game est incapable de fournir).
Dans la ligne de Never Knew Me Then, Tell Me est une sorte d’ode à la femme (ou
le contraire selon le point de vue). 1995 comme 1994 est surtout l’année où
clairement la pate de Nick Wiz s’affirme avec une suprématie d’un boom bap à
base de caisses claires loin des bangers rnbisés qui commençaient à émerger sur
les ondes hertziennes.
1996, sans équivoque la culture
Hip-Hop est partout, dans la rue, les écouteurs, la télévision, les radios, sur
les murs et les dancefloors les plus embrumés. Avec cette invasion, le lot d’usurpateurs
et de wack mcs envahissent le paysage renforçant la rage lyricale de Ran Reed,
Wack Tapes puis Respect the Architect peignent cette ambiance au moment où l’ogive
Realms ‘n Reality envahit les rues sans rencontré le succès escompté et mérité
(alors que le label Loud avait clairement les armes pour donner un coup de
boost à la promo).
1997, un morceau avec U.G. de
Cella Dwellas ne se refuse pas et on reste en famille, pour l’auditeur on
gardera une certaine frustration sur le choix de l’instru réellement
rébarbative. Mais cette année est aussi une année de maturation lyricale avec
un Ran Reed plus précis dans ses storytellin (Fatal Attraction). Une année
moins marquante que les autres niveaux production du surement au contrecoup de
l’effort fourni sur Realms ‘n Reality.
1998, Ran Reed est toujours aussi
passionné par le sexe opposé (The Sexologist) mais sait aussi faire réfléchir
(Lost Souls), samples plus smooth pour Nick Wiz qui reprend du poil de la
bête. Le naturel revient très vite au
galop pour du street beat coupé au couteau (le très bon Ran Reed Representing
et l’égotripic The Pro).
En bonus, James DL Ellison et
Nick Wiz nous gratifie d’un The Introduction réunissant le cœur du The Cellar
avec les Cella Dwellas au complet sur un instrumental meurtrier.
Ran Reed aura finalement eu le
droit aux projecteurs, très tard certes et sur un petit label, mais cette
compilation reste en elle-même un documentaire d’une période peu connue du crew
gravitant autour de The Cellar. Respect the Architect n’a pas la vocation à
être un classique mais bien un must have pour les extrémistes du rap ne jurant
que par les 90’s (ou simplement les nostalgiques). En plus de mettre en avant un artiste peu
connu, le label No Sleep Recordings et plus particulièrement James DL Ellison
continuent le travail de fouille autour du producteur Nick Wiz qui semble avoir
dans ses tiroirs une mine infinie de beats à exhumer pour un For Those That
Slept #8.
16/20

1 commentaire:
Bien sympa la review/rétrospective c'est le skeud que j'ai le plus écouté et apprécié de cette année, No Sleep Recordings ont tout compris et ce pour notre plus grand plaisir.
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