Arborée la double casquette de producteur et mc n’est pas chose aisée et surement pas un gage d’un quelconque talent. Qu’importe les années, peu de figures emblématiques peuvent se vanter d’avoir un niveau microphonique égal à celui des manettes et que ce soit l’un ou l’autre il y a toujours un domaine qui en pâtit. Certains comme dans le passé Large Pro ou plus actuellement Roc Marciano ont réussi à trouver l’équilibrage parfait pour rendre un projet consistant. D’autres comme RZA (surement le seul artiste rap à double casquette capable d’alterner médiocrité dans les deux domaines) se voit malmené par et souvent rabaissé de part cette faiblesse. Malgré un premier jet sous le nom de Cassette City plus qu’intéressant musicalement parlant, Lushlife se trouvait catégoriser directement dans ces artistes très peu consistant au micro (lyrics et flow) mais avec une pate musicale intéressante (souvent lié à un répertoire musical indie-rock). Assez discret depuis, il revient en ce début d’année avec un nouvel album : Plateau Vision.
Si les envolées psychédéliques ponctuées de touches pop et classiques de Cassette City n’était pas votre tasse de thé alors rien ne sert de chercher une nouvelle tentative car que l’on veuille ou non la pâte musicale de Lushlife s’est affirmée et de ce fait, le travail réalisé est très proche de son précédent projet. D’ailleurs, si l’on note la présence de musiciens comme Andrew Cedarmark (Titus Andronicus) ou Heems de Da Racist, les collaborations n’impactent que la dimension instrumentale de l’opus.
Donc, un album dans la continuité et symbolisé par le premier morceau Magnolia qui par ses sonorités renvoie à Cassette City et malheureusement aussi à son inintérêt microphonique. Et quelque part cette frustration microphonique s’amplifie quand on voit la capacité des instrus quand un artiste de la trempe de Style P vient kicker : Still Hear The World Progress, morceau OVNI d’une force aérienne sans commune mesure. Le style de morceau qui fout des baffes sans préparer l’auditeur. L’ambiance atmosphérique qui restera constamment présent sur l’ensemble de la galette jusqu’en être suffoquent : She’s a Buddhist, I’m a Cubist (genre de travail soi-disant expérimental qui a autant d’effet qu’un jus d’orange après une nuit blanche) et Stakk Cheddar Galore Alwyn Dias (indescriptible mais très chiant). On remarquera aussi un certain cloisonnement musical qui donne l’impression d’écouter toujours la même chose (on peut comprendre de retaper une même boucle mais si c’est pour un rendu assez faible, l’intérêt est très limité : Progress).
Apprécié un Lushlife demande aussi une certaine ouverture d’esprit et malgré l’ensemble des griefs que l’on peut retenir, le producteur sait toujours aussi bien hypnotiser l’auditeur. En premier lieu grâce à vraie fausse prise de risque où le natif de Philly va s’alimenter dans les bas-fonds du diggin’ electro-pop et psyché, domaine peu mis en avant par l’intelligentsia (humour) rap américain et qu’il ressert ici comme une touche de fraicheur comme ALC et Oh No sur un Gangrene (sauf que là c’est inécoutable). Enfin, il fait parti de cette scène d’artistes que l’on considère trop talentueux pour être vraiment reconnu (comme si l’exclusion musicale et le manque d’inviter étaient des baromètres de créativité) de part sa polyvalence.
Comment terminer cette chronique ? Faire de l’ombre à un artiste qui a peu de lumière serait chose trop aisée surtout que pour le coup Lushlife mérite que l’on tende l’oreille. Alors le mieux est d’écouter Plateau Vision comme une carte postale qui rappellera aux habitués le talent réel de Lushlife et qui fera adhérer ou non de nouveaux listeners.
13/20

2 commentaires:
Tu auras même pris la peine de faire une review, c'est bien ! Il mérite qu'on parle de lui.
"D’autres comme RZA (surement le seul artiste rap à double casquette capable d’alterner médiocrité dans les deux domaines)"
J'ai éclaté de rire, attends que Statik s'essaye au micro... quoi que en ce moment il est plutôt en forme...
Lushlife a le mérite de ne pas se prendre pour ce qu'il n'est pas, dans la continuité de Cassette City c'est toujours aussi beau musicalement, un peu plus noir, quelque raté ici et là mais comme tu le dis les habitués y trouve leur compte et c'est le cas pour moi.
Je préfère quand même Cassette City, la durée de vie de celui-là est vraiment short. le duo avec Styles P est le seul son que je retiens en définitive de cette ogive
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