2011 est belle et bien terminée, premièrement parce qu’on
est déjà fin février 2012 et de deux parce que même si je prends mon temps pour
écouter les galettes avec un nombre d’écoute raisonnable (daube ou non, faut
être sur même quand ça sent des pieds), il est temps de boucler cette année
musicale. La question d’un bilan s’est posée mais au final pourquoi ne pas
comparer l’année à l’album référence. Car oui, comme chaque année, il y a
toujours un album gagnant et comme de nombreuses années, le gagnant est souvent
un inconnu (cela n’engage évidement que moi). Si l’enchainement des feat. en
2011 pour Roc Marciano ne laisse
aucun doute de la portée de son opus Marcberg
en 2010, les gagnants de 2011, car ils sont deux, risquent d’avoir une
exposition moindre. Rashad and
Confidence, inconnus au bataillon, ont donc lâché à la surprise générale The Element Of Surprise, titre pour le
coup bien trouvé ! Mais qu’en est-il au final de la qualité intrinsèque de
cet album et par comparaison des sorties 2011 ?
The Element Of Surprise
ne contient au final aucune surprise de taille à part l’effronterie de
reprendre la pochette de Funky Technician
de Lord Finesse and DJ Mike Smooth
(belle référence tout de même qui contribuera à accentuer le côté nostalgique).
L’album a été clairement taillé dans la tradition des albums vintage nous
renvoyant à un passé glorieux sans pour autant en atteindre le même niveau
(mais il est fort à penser que Confidence
fasse encore parler de lui et il le mériterait). Tels les Gangstarr et autres Pete
Rock and CL Smooth des temps modernes, Rashad
and Confidence est donc un duo mc/beatmaker mélangeant savamment lyrics
conscients et productions boom bap, bref rien de très original mais qui donne
aussi la tendance 2011 avec un nombre assez élevé de ces duos. Dans cette
catégorie, on a pu voir passer Buckwild
et Krs One, Pete Rock et Smif-N-Wessun,
le trio intergénérationnel Random Axe (qui
en entretient aussi la faille…), MOP
et Snowgoons ou encore Statik Selektah et Action Bronson. Et pour l’ensemble un seul constat : une
certaine réticence au préalable qui s’est soldée par un accueil général assez
mitigé (ce qui fut souvent justifié). Seuls Malcolm and Martin avec leur Life
Doesn’t Frighten Me, ont attiré l’attention pour ma part, mais on ne peut pas
non plus laisser de côté la réussite (et succès d’estime) de la collaboration
d’Alchemist et Curren$y sur le Covert Coup
(même si j’ai du mal à y voir une seule qualité…). Triste constat quand on sait
qu’une année auparavant The Left et
le duo Buckwild et Celph Titled avaient atteint le podium.
Encore une fois, les newbies se taillent le gâteau laissant des miettes aux
séniors décidément de plus en plus largués…
Rashad est donc
la partie microphone de ce duo. Armé d’un flow fluide et d’une voix apaisante,
la trame de fond de son discours se place sur une relation professeur et élève
avec le listener cher à KRS-One,
petite mise à jour, pour rappeler pourquoi en tant que vrai mc, seule l’amour
du mic l’intéresse (on aurait préjugé de l’inverse…) ce qu’il traduit par ses
discours relationnels, politiques et sociaux. Bref rien de très nouveau et pour
la partie meilleur mc de l’année, il va falloir se renforcer et surtout
progresser. L’année 2011 restera l’année d’Action
Bronson, le chef cuistot/mc du Queens, n’a donc pas déçu au micro ce qui
n’est pas le cas de sa discographie sauvée par surprise par la patte moins
grossière d’un Statik Selektah plus
posé dans son découpage. Nouvel électron libre du rap Action Bronson multiplie les apparitions et sa proche ressemblance
en termes de flow avec Ghostface Killah
ne semble pas déranger. Comme à chaque album, Pharaohe Monch démontre toute l’étendue de sa technique associé à
un goût musical certain (comme quoi un mc avec une oreille, ça existe au détriment
d’autres comme Apathy). Je regrette de ne pas avoir jeté une oreille le Section 80 de Kendrick Lamar qui semble être une des grosses sensations de
l’année avec Big K.R.I.T. comme quoi
l’effet prozac de son comparse Jay Rock
sur Follow Me Home a eu raison de ma
curiosité.
Si Rashad est un
newbie dans le game, il en est moins le cas de Confidence qui avait déjà usiné pour The Last Emperor ou Big Shug.
Le beatmaker connait le métier et à de la matière à revendre, d’ailleurs pas
besoin de personnaliser les beat puisque les 15 titres étaient bien au chaud
avant le projet. Confidence a donc
eu le temps de peaufiner son travail ce qui donne un rendu sonore très
impressionnant, que le beat traumatise ou non les oreilles, il y a une
véritable finition dans le rendu dont certains beatmaker devraient
s’inspiraient (Tommy Mas sur le Dr Lecter). Autres beatmaker à avoir
marqué l’année DJ Premier semble
assez tourner en rond après une année 2010 bien riche quand à ALC, ses délires Gangrenes avec son comparse oh
No et ses surcouches de samples commencent à fatiguer les
oreilles. Pour autant, il semble que les deux old-timers continuent à
squatter le haut du panier (sans vouloir rentrer dans la parano : pourquoi
eux et pas Large Professor qui
sur Still on The Hustle de Neek the Exotic porte à lui tout seul le
skeud…). Niveau renouvellement, le français Kyo Itachi a enfin imposé sa patte aux US et sa prochaine
collaboration avec Rustee Juxx risque
d’être sanglante (on attend aussi DJ
Brans et le mc/prodo Ressa So). Autres beatmakers à surveiller, Harry Fraud devrait squatter le devant
de la scène en 2012 pour son projet commun d’avec Action Bronson, Stu Banga
et Vanderslice du label Brutal music
devront retrouver un second souffle après le mitigé Blaq Society et, enfin, Evidence aussi discret derrière les
platines que transparent devant le micro (Cats
and Dogs surtout en terme de replay value) mériterait d’être plus productif
car il en a le talent, Check To Check
d’Apathy reste pour ma part le beat de
l’année.
Cet Element Of
Surprise possède un nombre de pépites conséquentes, de l’utilisation
atypique de la guitare sur Pen On Display
au vraiment classique (en terme de production estampillée 90’s) The City, Rashad and Confidence livrent une galette fournie malgré quelques
morceaux un peut trop down-tempo pour en faire un must (quoique qu’un drive
nocturne urbain sur Let Me Explain et
Brand New aura toujours de la
gueule). Et a défaut de posséder des must-have l’année 2011 devrait survivre de
part ses singles, car comme à son habitude, les livraisons hebdomadaires du rap
amènent une certaine dose de satisfaction comme se fut le cas avec Hiiipower de Kendrick Lamar, le tout en puissance 25th Hours de Reks,
l’hypnotisant Evolve de Pharaohe Monch ou encore l’inattendu Scarecrows de Telemachus. Encore une fois, cette année 2011 n’a pas manqué de
single et de morceaux à collectionner au contraire des albums.
2011 est pour ma part une année mélangeant déception et
espoir, bien sur beaucoup de projets ont eu un intérêt réel et la replay value
de certains (le Rashad and Confidence
en tête) devrait venir rafraichir les oreilles par intermittence. Mais en tant
qu’auditeur je suis aussi coupable de mes choix et surement que le rejet (ou le
manque de temps) d’une certaine scène (Big
K.R.I.T., Kendrick Lamar, G-Side, L.E.$ ou Stalley) ne m’a
pas permis de profiter pleinement de ce cru 2011.
16/20

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