Il est surement l’artiste le plus régulier de ces dix
dernières années. Opérant dans un registre plus humain du rap game, Brother Ali se présente comme un
preacher, un conteur des temps modernes qui face à l’indifférence et autres ségrégations
vient prêcher l’amour et la solidarité (putain je devrais faire des synopsis).
Albinos et musulman, Brother Ali a
su faire abstraction des critiques post 11 septembre pour lâcher une
discographie qualitativement fournie qui a donné ses lettres de noblesse au
label Rhymesayers (en plus d’Atmosphere), un nom prépondérant sur la
scène rap des dernières années. Brother
Ali s’est aussi l’alchimie entre un mc et un producteur créatif Ant du groupe Atmosphere
qui en 3 albums ont su conquérir une fan base conséquente. Histoire de la jouer
provoc sans chercher la comparaison musicale (surtout en terme d’influence et
de technique) : Brother Ali et Ant c’est la version post 2000 de Jeru the Damaja et Dj Premier : un laboratoire du nom d’Atmosphere/Gangstarr
dont on retire le meilleur et que l’on transpose à un autre artiste. Et voilà
que comme Jeru (mais pour des motifs
bien autres), l’oiseau décide de prendre son envole puisque sa prochaine mouture devrait être
probablement produite entièrement par Jake
One autre producteur résident du label sous le nom Mourning in America, Dreaming in Color. En attendant son arrivée et
comme à son habitude le Brother Ali
vient lâcher un EP en guise d’apéro : The
Bite Market Heart.
On ne rond pas le lien paternel comme une relation de
passage car si l’indépendance semble proche Ant vient encore (et pour notre plus grand plaisir) taper l’incruste
sur deux des sept titres que nous offre ce The
Bite Marked Heart. Loin d’être un EP sans réelle direction artistique, Brother Ali et ses deux producteurs
gardent une ligne de conduite en adéquation avec son titre. Vibe smooth parfois
mielleuse pour des ballades assez romantiques toujours dans cet attachement au
relationnel humain qui forme l’univers de Brother
Ali et que l’album US avait
définitivement démontré.
Disons-le directement, l’auditeur qui n’arrivait pas
adhérer à ce mc de part ses choix de storytellin ne variera pas d’avis. Ici, on
conte, on raconte, on partage, on prêche bref on fédère l’humain en mettant en
avant ses plus belles qualités (mais aussi ses défauts entendu que la part d’ombre
est très présente sur l’ensemble de cet EP). Smoke Weeds, Fuck Bitches et autre
N**** moment ? Hell No, wrong place at wrong time, rangez vos bandanas et
autres matos militaires urbains et sortez les roses et poème mielleux. Mais
attention, Brother Ali n’est pas un
de ces stupides chanteurs RnB prônant l’amour par des verses digne d’un marmot
à la maternelle. Brother Ali alterne
les points de vue : une vision personnelle (Shine On et surtout le très sensible The Bite Marked Heart), une vision à la 3ème personne (Electric Energy) ou une vision bien plus
sombre (Years, les fans de la
première pourront noter l’évolution du personnage et de son histoire). Bref, le
natif de Minneapolis n’a vraiment plus besoin de prouver quoique ce soit en termes
d’écriture.
A la production, Ant
fait comme d’habitude un travail conséquent comme l’énorme I’ll Be Around où la complicité de Phonte est tout à fait en adéquation avec l’univers de Brother Ali. Sample de soul bien fleur
bleue histoire de coller avec la prestation des 3 protagonistes (n’oublions pas
Stokley Williams). On le retrouve
sur le très sombre Years qui démontre
encore une fois la complicité créatrice des deux comparses. Au final, la vraie surprise
vient de Jake One : fini la surconsommation
de drums (y en a toujours mais mieux maîtriser comme sur Haunted Housebroken), ici on se plie au maître de maison. Reconnaître
la touche Jake One sur l’ensemble de
la production est assez athlétique et à la rigueur cette mutation n’est pas
pour déplaire rien qu’à l’écoute de son ogive Shine On, grosse ambiance qui sent bon le matelas ! Si l’annonce
d’une collaboration sur long format pouvait faire craindre le pire, le titre
éponyme devrait éteindre tout incendie, l’alchimie est là (même si on sent
quand même l’influence d’Ant en
retrait).
Que ce soit court ou long avec Brother Ali ça reste du dur (oulah !!! N**** You G**) !
Le mc connait le métier et sait savamment faire languir son public. Le niveau
de son EP restant dans la droite ligne de ses travaux précédents, il est fort
possible que la sortie de Mourning in
America, Dreaming in Color entre dans les meilleures de 2012. De son côté Jake One devrait profiter de cette mise
en avant pour enfin faire l’unanimité.
16/20

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