Quand The Platform envahit les bacs en 2000 et obtient un capital sympathie assez suffisant pour être relayé comme album à fort potentiel, il aurait été surprenant de parier sur Evidence pour être le porte étendard d’une certaine vision du Hip-Hop 11 ans plus tard. Comblant sa timidité par la patience, mais aussi en pariant sur sa double casquette producteur et master of ceremony, Evidence est devenu plus que le membre central de Dilated People : le leader d’une nouvelle scène west coast et le gardien d’une mentalité New-Yorkaise en panne de représentant naturel. Pas une année ne s’écoule sans que le nom d’Evidence ne soit citée et la consécration aboutit en 2007 avec son premier solo The Weatherman LP où il partage la production avec son ami de longue date The Alchemist et les Sid Roams. Glacial et noir comme le titre le laissait pressentir, Evidence casse alors son image un peu trop timorée pour finalement confirmer son talent. S’ensuivra un EP The Layover toujours dans cette lignée qui laissait présager un deuxième essai du même calibre. 2011, Cats and Dogs débarquent sur tous les blogs spécialisés en téléchargement (vu que dans les bacs, l’album fait office de décor et déçoit par des ventes faibles), focus sur une entreprise marketing bien ficelée.
De l’ombre à la lumière
Fini les atmosphères pluvieuses, sombres et crades, Evidence veut absorber la lumière qui lui revient car quoiqu’on en pense, il reste un des acteurs principaux du renouveau de la westcoat. Et si le blanc de la pochette ne vous met pas sur la piste, l’artwork tranche littéralement avec la première mouture. Dans le contenu aussi, la tendance à la lumière se confirme par une liste de producteurs de premier plan et une ligne musicale très généraliste. Les featuring, sans être omniprésents, démontrent aussi cette nouvelle approche bien plus hétéroclite (de Slug à Krondon en passant par Prodigy) bref Cats and Dogs a tout de l’album à la page prêt à dévorer la concurrence.
Quoi de neuf Ev ?
Et bien pas grand-chose et s’il y a bien une chose qui marque sur cette nouvelle galette c’est le creux des storyline. Evidence semble se positionner très en retrait dans son delivery, préférant laisser plus de place aux productions. On frôle souvent le hors-sujet entre les couplets et le refrain (I don’t Need Love excepté 2 lignes), ou clairement le néant (Red Carpet). Dans l’ensemble pas de lignes qui marquent même si Evidence cherche a nous vendre ses punchlines sur le thème récurrent du « Director Of Photography ». Bref pour les cours d’écritures faudra repasser et comme prit la main dans le sac, Evidence use de son cv et de ses actes passés pour se justifier (It wasn’t me) mais aussi, et assez hypocritement, de sa fame comprenait sa fan base (que l’on attend toujours au rayons CD). Ev a tout du mc qu’on aimerait côtoyer pour sa sympathie et que l’on suit pour ses valeurs mais son manque de charisme et présence au micro devient difficilement supportable sur la longueur d’un LP.
Guess who’s come for diner ?
Peu de monde à table sur cet album mais des feats actuels de qualité dont certains faisaient plus que saliver. La combinaison slow flow Roc Marciano (nouveau pillier du rap NYC) Prodigy (fraichement libéré) sur une production du très prolifique The Alchemist devait être la balle dans le canon, déception énorme pour une prestation sur tous les points des plus ennuyeuses, un vrai prozac anthem qui endormira n’importe quel nouveau-né. Heureusement certains mcs aguéris et assez professionnels profitent de cette aubaine et surtout du peu de concurrence exercé par l’hôte pour voler la vedette. Aesop Rock (voir même Slug, c’est dire le niveau), se distingue fortement sur une track aux saveurs très Atmosphérique (ce qui démontre la mainmise du label Rhymesayers sur le rap indépendant, pas pour rien qu’Ev ait signé dessus et). Rass Kass, qui concoure avec K-Def à l’oscar de l’artiste le most underrated du rap jeu sur une production vintage et bien addictive d’un ALC qui tranche fortement avec sa vibe abstract actuelle (Raekwon officiant sur la track dans un registre très classique). A noter la présence de Lil Fame dans son rôle de plus en plus récurrent de hooker (dans le même registre on préfèrera le Time For Some de la Brochette Action Bronson and; Statik Selektah) et celle de Krondon échappé des SAS. Pour terminer avec les invités, on se questionnera sur l’utilité ou plutôt la futilité de la présence d’Aloe Blacc sur Liner Notes (a-t-il était payé ou passait-il dans la rue ?)
Last Night the beatmaker save my life
Malgré des imperfections évidentes dans les domaines évoqués au-dessus, l’album s’en sort étonnamment bien en visant sur les productions (et les producteurs qui vont avec) très généralistes. Nostalgique, pro unda ou pro mainstream, chaque listener peut se servir dans les allées de ce Cats & Dogs sans se tromper. Une vibe généraliste savamment orchestrée pour ne vexer personne excepté peut être, les fans de la première mouture. On se dit tout de même qu’à l’écoute d’un Check To Check sur l’album d’Apathy, Evidence a clairement les épaules pour s’autoproduire mais business oblige la présence des pointures vient stopper cette entreprise. On aurait pu s’attendre a se retrouver avec toutes les légendes du beatmaking mais une fois de plus, Evidence fait appel à sa garde rapprochée : The Alchemist et les Sid Roams déjà en place sur The Weatherman et auteurs du comeback réussi de Prodigy avec son The Ellsworth Bumpy Johnson EP. C’est aussi avec ce renouvellement d’équipe que l’on aurait pu penser à une suite d’un Weatherman or Cats and Dogs laisse carte blanche aux producteurs pour créer une cohésion de masse autour de ce sophomore effort (toujours rêvé d’utiliser cette expression). Qui pourrait croire que ce sont les Sid Roams derrière le titre Late For The Sky ? Qui pourrait dater la production de Red Carpet à l’ALC actuel ? DJ Premier pressenti au départ sur plusieurs tracks ne verra son travail récompenser par You qui reste surement la track la plus adaptée à Evidence même si la structure reste basique du début à la fin. On gardera en plus James Hendrix et dans l’ensemble le travail d’ALC bien plus intéressant que ses délires indigestes d’avec Oh No (mais bordel, enlevez lui le micro, ce mec ne sait pas rapper et n’a rien à raconter !) et on déplorera l’intervention aux manettes d’Evidence sur un seul titre (I Don’t Need Love). Peu de choses à jeter excepté Crash et une fin d’album très ennuyeuse sur la longueur.
To Be Continued…
Si le but d’Evidence était de sortir un album passe-partout et capable de ne pas froisser les sensibilités des divers auditeurs que comptent la planète rap (la vraie pas celle de Fred), alors le pari est à 100% réussi. Par contre, on restera un minimum stoïque dans sa capacité à se montrer comme leader d’un courant musical qui fuit de tout part… Cats and Dogs restera au final un album que l’on oublie très rapidement mais que l’on prend plaisir à ressortir avec parcimonie préférant se saouler aux émanations plus rudes d’un Weatherman.
14/20

3 commentaires:
Il était temps mec, prêt d'un mois depuis la dernière chro, impatient d'avoir ton avis sur le Action/Statik et le Rashad & Confidence...
Mis à part sa je ne suis pas d'accord avec tout ce que t'as évoqué (Fame avec Roc Marcy (le boss du rap jeu actuel) reste pour moi une des grandes satisfactions, de meme que You) mais globalement j'adhère au fait que Cats & Dogs était censé être l'album de l'année selon beaucoup, et qu'au final on à un disque correct et consensuel (très mauvais point sa) qui se fait saucer 10 fois par The Weatherman LP.
J'ai passé la vitesse supérieure !
La Chro Statik/Action est publiée !
Une chro bien carre à l'image de l'album bien conventionnel, pour moi dans l'ensemble c'est réussis !
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