En l’an 2000, la Bay Arena prit tout le monde de court en lâchant deux monstres californiens Planet Asia et Rasco sous le nom de Cali Agents. La brutalité transformée en galette, l’écoute de How The West Was One avait mis tout le monde au diapason par la force des choses. Pour la suite, rien de transcendant mais juste une constance et un établissement dans le paysage musical du rap. Niveau solo, comme dans tout les groupes, il y a toujours un mc qui s’en sort mieux que l’autre sans pour autant basée cette affirmation sur un réel constat. Car si Planet Asia est clairement un mc charismatique et lyricalement affûté, Rasco l’est tout autant mais la vie est loin d’être équitable. Alors histoire de prendre de la hauteur de vue et de ressourcer, quoi de mieux qu’un bon petit trip en autobus pour échanger la « gaieté » de San Franscico contre les cimes urbaines de Seattle. Surtout que dans le fond du bus squatte le beatmaker BeanOne de Seattle. Coincé ensemble dans cet espace confiné pour un trajet de 10 heures et clairement aussi cheap que le prix du billet du Chinatown Bus Service, le duo met en commun leur savoir sur un projet de sept pistes Next Stop : Seattle. Court me direz-vous mais parfois il faut mieux enclencher la touche repeat plutôt que la touche skip surtout quand le revêtement usé de votre siège vous rappelle que les 10$ lâchés pour le trajet sont à la hauteur de la prestation proposée.
Pas de conception intellectuelle avec une trame de fond sur ce projet, les sept pistes sont là pour perforer et rappeler qu’à 40 ans passé Rasco a encore la capacité de mettre en application le mot flow là où certains piliers du mouvement sont incapables de lâcher un morceau autrement qu’en off beat. A l’image d’un I’m On My 1,2, Rasco repose les bases du groupe en délivrant une prestation tout en muscle sur un instru rythmé par un reef bien coupant. BeanOne représente bien sa ville et les parallèles avec la tête d’affiche de Seattle le perfect beat writer Jake One ne se retrouve pas uniquement sur les lignes de drums comme le rappelle This Is What It Is et We Just Livin’ It. Le début d’une réelle touche locale ? Peut être, en tout cas Rasco lui prend son pied et ce n’est pas les virages en épingle qui jonchent le parcours du bus qui va le faire vaciller. En toute simplicité et avec une certaine humilité, Rasco vit le Hip-Hop sans fioriture et rien à foutre que les rangs de devant demandent de baisser le volume car même en low profile sur What’s Poppin’, le mc de la Bay en impose comme le chauffeur refusant de se servir du frein pour taper les virages alpins. Testostérone musicale débitée en continue dans le micro ajoutée à la climatisation défaillante qui fait tout le charme des fameux tours opérateurs sino-américain implantés dans tout Chinatown qui se respecte, les gouttelettes se forment sur les tempes et pour baisser la température BeanOne dépose une production discrète et en demi teinte sur About The Rise. Big Nutz réveillé par les décibels des deux lascars (et du moteur rouillé du bus) rejoint son compatriote de San Francisco pour une prestation au flow méprisant comme une provocation envers le reste des voyageurs trop conventionnels pour apprécier la prestation sur beat hypnotique. Pas la peine de se plaindre, les chialeuses seront débarquées au prochain arrêt avec un What Now bien brutalisant, beat saturé au menu et petite leçon d’orthographe où Rasco rappelle qu’une phrase se termine toujours par un nigga point !
Voyage mouvementé pour rejoindre Seattle, et la conduite du chauffeur originaire des campagnes de Pekin n’y est vraiment pour rien (quoique, à 1$ le sac à vomis…). La faute au Pitbull californien non tenu en laisse du nom de Rasco affamé de son et que seul les injections musicales de BeanOne ont permis d’éviter un carnage dans ce bus portant encore les stigmates des cuts et des lyrics de ce duo. Lâché sans réel promo et uniquement téléchargeable Next Stop : Seattle est plus qu’un bon album c’est avant tout un projet intelligent qui suit une ligne de conduite basique mais payante : un nombre restreint de morceaux pour qualités d’ensemble de haute facture. Et comme le bus low cost chinois on évite les arrêts superflus pour maximiser les profits.
14,5/20



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