Plus c’est gros, meilleur c’est ; plus c’est long, plus c’est bon… Plus qui, plus quoi ? Plus rien du tout, oui !!! Aujourd’hui plus c’est court et plus c’est délicieux ! Et n’y voyez rien de tendancieux car ce soir les seuls éléments qui vont s’entrechoquer se résument à un mic et vos tympans. Court mais intense, l’essai qui va suivre ne prouve qu’une réalité faussement renié du rap en général, mieux vaut s’éclater un court instant que se faire chier sur la longueur ! En clair plutôt que de s’enfoncer dans des métaphores boueuses autant aller chopper sur un mini format tel qu’un EP l’efficacité qualitative que le débit effréné, illimité et pourtant illusoire des LP.
Plus efficace qu’une intervention aérienne en Lybie, le natif de Los Angeles et membre des Strong Arm Steady, Phil Da Agony débarque comme un pet sur une toile cirée en lâchant le visuellement très vilain Flow Pattern EP avec l’aide très détonante du suédois mais tout autant inconnu Jolle (qui n’est pas une nouvelle gamme de produit en tek de chez Ikea). On remerciera les sources d’influence extérieures de nos compagnons d’infortune pour ne pas avoir sorti une version de cet effort tellement la pochette est un « tue l’amour » ringard. Mais bon, pourquoi s’emmerder avec un packaging digne de ce nom quand on sait que la qualité est à l’intérieur et que très honnêtement peu de gens se chatouillent le bout pour s’empresser d’écouter le résultat. Et bien dommage pour eux, car pour les autres l’aventure de Flow Pattern EP enterre aisément la dernière sortie en catimini du crew SAS avec leur Arms and Hammers (on applaudit le très créatif Terrace Martin…).
Si géographiquement le point équidistant entre Stockolm et Los Angeles semble se trouver au niveau de la fosse des Mariannes (comme le niveau du rap…), musicalement ce dernier se situe davantage vers l’est américain, pour prendre toute sa saveur dans les ruelles bitumées de la grosse pomme. Et on ne va pas s’en plaindre, car le SAS c’est une espèce de revival des Soul Of Mischief, une vibe new-yorkaise épicée d’un mépris californien dont Phil Da Agony est aujourd’hui un des porte-étendards avec son collège Krondon. De son côté, Jolle garde des régions scandinaves, ce côté sec et froid qui sied très bien à cette sonorité east tellement d’ailleurs, que le producteur démarre en solo les hostilités sur Intero par une effronterie de taille, puisque le cuts de violon très tranchant avec ses scratchs soignés renvoie clairement au Wu Forever et à la pate du RZA de l’époque.
Cette courte aventure continue en compagnie de Planet Asia, pour un L.A. anthem loin du G-funk classique, car Talk Of The Town donne envie de sortir les parapluies pour se protéger de ses trombes de tristesse appuyées par ce saxo vindicatif. Les os gelés par une pluie incessante, Phil Da Agony se réchauffe aux envolés jazzy délivrées par Jolle. Le très sobre travail aux manettes démontre un réel touché par le suédois, la discrétion des claps n’interfère jamais sur le beat et Phil Da Agony démontre une habilité qui se confirme sur le très prometteur You Will See qui continue musicalement dans la longueur du morceau précédent.
Les trombes semblent de plus en plus continuelles, l’air s’humidifie et en temps normal là où le cœur vacillerait naturellement entre un Da Storm et un The Infamous, Jolle lâche un beat d’une froideur à faire renfiler une doudoune en plein été, pour le bonnet et les gants, le flow caverneux de Phil fera fortement l’affaire. Alors que Los Angeles se transforme en énorme piscine, l’éclaircie apparaît pour rappeler que tout bon moment doit se finir. Terminée la sauce gratuite, on se réchauffe de façon festive avec Block McCloud, qui décidément devrait vraiment se positionner comme kicker de hook officiel, pendant que Phil Da Agony lui, devrait textuellement éviter la flêmmasserie en voulant taper du name droppin aussi consistant qu’un The Game des grands jours. Heureusement Rass Kass vient à la rescousse et profites du taff musical de Jolle pour se faire remarquer sur Think Twice (ce que Rass devrait de temps en temps faire, plutôt que de chercher les projets farfelus…).
Très court mais tellement efficace que, d’un seul coup, on trouve enfin un sens inédit à la touche repeat de son lecteur, Flow Pattern est typiquement le type de petit caillou qui vient s’incorporer dans une chaussure, histoire d’emmerder son monde mais aussi pour rappeler aux auditeurs que la béatitude du long format ne se justifie que, si la qualité et la performance dépasse allégrement ce genre de format. Pour les très sceptiques détracteurs de SAS et leur philosophie musicale, il n’est pas sûr que le travail de Jolle fasse oublier certaines errances madlibiennes !
14/20



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