Dans une France d’entre deux tour(nante)s éprise par le
choix du moment comme une jeune jouvencelle devant ses courtisans, la tête de
la prochaine présidence se décidera entre deux hommes avec son lot d’espoir et
d’amertume mais toujours avec cette même recette tant de fois cuite et recuite
et qui laissera un amer goût de graillon dans la bouche... Une nouvelle marche
à écrire dans les livres d’histoire afin d’alimenter l’assouvissement
républicain d’un pays qui préfère regarder ses pieds que sa décrépitude
actuelle (ou tout simplement fermer les yeux face à un passé aussi fumant). Au
milieu de ce tintamarre politico-médiatique où l’on recherche encore la place
du citoyen dans cette explosion d’hormones et de mirages, l’ex-fanatique de musique remplacé par le pro
du réassort emménage la tête de gondole du rayon rap de la FNAC avec un album
au titre aussi direct qu’un adieu sur une pierre tombale : Tout Brûle Déjà. La Rumeur, froide, réaliste qui revient gratter les tympans en pleine
période présidentielle, se convertirait-elle en buzz ??? En tous les cas,
les artistes bien pensants et autres défendeurs des grandes causes humanistes
doivent se frotter les mains en fantasmant sur les prochains épisodes
politico-juridiques qu’ils pourraient vivre par procuration. Pourtant
derrière cette atmosphère de carcasse
fumante et carbonisée se cache un nouveau virage, le pas de plus ou le recul,
l’heure de sortir les armes ou résignation des grand messieurs du rap français,
dans tous les cas Tout Brûle Déjà ne laissera personne indiffèrent.
Le Roseau plie…
Tout brûle déjà dans le pays des chansonnettes, mais
vraiment tout brûle et derrière cette fumée artistique complètement opaque il
est dur d’y retrouver son chemin. Est-ce que la lumière blanche de la pochette
aurait du mettre l’auditeur sur la voie pour comprendre que la noirceur des
trilogies passées étaient révolues. Finies les ambiances noires et minimalistes
(exception pour P’tite Laura) à base de samples jazz histoire de donner un ton
dramatique et fataliste aux pensées activistes des 4 mcs. Enfin, 3 exactement
maintenant puisque Morad semble définitivement hors sujet et cantonné à un clin
d’œil de fin d’album. Fini donc une certaine époque et bonjour à une nouvelle
page blanche. Cette nouvelle donne, surtout musicale, aussi étonnante qu’elle
soit reste tout de même une énième provocation prête à mettre le feu au poudre.
Là où une nouvelle génération d’acharnés du micro prônent le retour au boom bap classique, La Rumeur reste à contre courant en se
lançant dans une vibe rock électro plus ou moins incandescente. Si la mission
était de bouger les lignes, le retour de flammes risque de pas mal peser sur ce
nouveau premier volet. Et aux rangs des premiers incendiaires, la fan base
risque de mener la contre offensive. Trahison, blague musicale, esprit bradé,
les commentaires ne se feront pas tendre et il sera dur d’expliquer la mise sur
le côté du duo Soul G et Kool M (quoique le remix d’Hommage à La Marge mérite
punition) pour un renouvellement capable de faire voler le CD par la fenêtre.
Reef bourrins et basses saturées, de la vibe rock crade sans énergie de La Périphérie
Au Centre au rock de scène Tout Brûle Déjà, il va falloir avoir l’oreille bien
ouverte d’esprit pour accepter ce type de péripétie (même si Du Cœur à l’Ouvrage
et et l’association Zone Libre étaient des prequel venus bruler le près vert et
douillet des anciennes moutures). Bref nouvelle génération aux manettes capable
comme FAS de lâcher un OVNI musical indigeste comme On Marche Tous Vers La Fin
(dommage pour Morad) ou Mk-ZOO sur Sans Faire de Bruit très vite suffoquant.
Ranger les minutions car si la partie musicale vous avez
cramé la semelle droite, la semelle gauche va y passer avec le trio plus proche
de la quarantaine plan-plan que de la vingtaine rebelle. Limite en charentaise
et robe de chambre, La Rumeur lâche les premières lignes de la contestation pour une ligne
introspective qui croule soit sous la fatigue (Affaire A suivre d’un Ekoué qui
ne cherche même plus à s’aligner sur l’instru) sous des généralités (La
Périphérie Au Centre). Dur de retrouver cette hargne qui faisait de La Rumeur
cette frange d’un rap conscient et contestataire quand la plupart des reproches
non plus de fondement, on passe d’un rap blasé à un rap de blasés…
… mais ne rompt pas
Je ne cherche pas le
feu, la fumée ou l’allumette, Le Bavar n’a pas le temps de finir son
couplet qu’au final on adhère déjà à cet opus. La Rumeur survit de part le
symbole qu’elle représente sur la scène rap. On aura plus de faciliter à
accepter certains écarts de conduite artistique tant que la livraison reste en
heavy rotation dans la sono. Tout Brule Déjà, l’album que l’on aime détester et qui amène une génération de roadies (mieux vaut ça
qu’une appellation de dickriders) à s’auto analyser. La Rumeur n’est plus ce
porte-drapeau, agitateur de conscience, et poil à gratter des vestiges de la
République française. L’auditeur n’est plus, lui aussi, cette personne qui
vibrait à chaque poussée de rage de L’ombre sur la mesure. Pères, trentenaires,
cadre de vie ordinaire loin des tours de bitumes, introspection au carrefour de
la vie, on quitte un temps une critique générale pour recentrer le discours sur
l’humain, le perso. J’ai déserté le quartier pour un centre ville plus
tranquille pour Ekoué (La périphérie Au Centre), Trottinette à fleur et
poussette confort pour Hamé (Quand Je Marche, Tu Cours), je vieillis comme un
bon vivant, j’ai les thunes de mon concert et de quoi me refaire sur le suivant
pour Le Bavar (Un Soir Comme un Autre),
des problèmes ou des analyses aussi ordinaires que celles que peut se poser une
personne lambda. Album de partage d’expérience qui créé dans ses écrits une
proximité réelle avec son public, très éloigné de la doctrine du rap français
qui oblige à vivre par et pour la misère urbaine.
Mais les vieux démons restent toujours d’actualité, les réminiscences
des combats passés continuent à bruler sous les cendres des années, le délabrement
social et les cadavres de la politique (la France-Afrique) toujours au centre
des dénonciations, la fin d’une période sombre que fut le Sarkozysme : demande
à Claude Guéant, demande à Sarkocu comment La France interdit d’accès (Ekoué sur
Interdit d’Accès). A ce niveau là rien à changer et l’heure n’est pas à la
tranquillité pour Hamé qui ressert du rab à ses détracteurs sur Le Chemin est Long,
pas d’horizon lointain pour Le Bavar qui déterre de son vécu l’histoire de
Laura et les ravages de l’addiction aux drogues dures (P’tite Laura).
Peut-on y retrouver son compte sur les instru ? Les indétrônables
de la patte pure trouveront très peu à s’alimenter hormis Interdit d’Accès (pour
Soul G), un Soir Comme Un Autre (une boucle pour un drive by night par Kelvaz)
et le très classique mais efficace P’tite Laura (portée de plus par un Le Bavar
au-dessus du groupe). Pour les autres, les écoutes amplifiées et répétées de l’opus
rendront peut être leurs oreilles plus flexibles avec une mention honorable au
travail de Ruffsound (malgré une saturation sonore assez persistante dans la
ligne de production). Il faudra surement se contenter de la plume des mcs qui
restent un pilier fort du groupe. Porté par un Le Bavar parfait du début à la
fin, le trio délivre des textes toujours aussi subversifs ou du moins assez
irritant pour nous faire cogiter (que l’on soit d’accord ou non avec leurs
idées).
Tout brûle Déjà est l’album d’un succès déjà annoncé, il
suffit de mater l’attitude des médias heureux du retour des trublions du rap
français prêts à user de tous les superlatifs extravagants tant que le groupe
reste philosophiquement bankable pour les appartements haussmanniens du centre
parisien. Pour les habitués, l’album décevra autant qu’il contentera. Choix plus
ou moins provocateurs, baisse de régime mélangée à une certaine maturité de
vie, La Rumeur continue à emmerder son monde et ses écouteurs avec. Tout Brûle
Déjà ne sera pas le brulot attendu, dommage et tant mieux en même temps car la
trilogie ne fait que commencer et annonce de quoi allumer des flammes pour
quelques années encore…
8/20 ou 16/20

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