26 mai 2011

Has-Lo - In Case I Don't Make It (2011)

 

L’introspection moderne se traduit de nos jours souvent devant une caméra ou plus précisément de par les émissions de téléréalité. Exposés et livrés à leurs propres réflexions, les participants crédules attachés à leur quart d’heure de gloire se livrent à une étonnante analyse où la caméra remplace le fauteuil club du psychologue. Sans limite et quelque soit la thématique du show, cette psychanalyse moderne démontre à quel point la débilité n’est pas une exception mais bien une moyenne.  Support plus classique mais tout autant sans limite, la musique a toujours été un exutoire pour les âmes artistiques (ou non) tourmentées par la brutalité de la vie. Direction Philadelphie, petite sœur souvent oubliée de la grosse pomme (en terme de rap), où le label très tendance (pour pas dire bobo…) Mello Music Group déjà responsable du catalogue musical d’Apollo Brown, Diamond District et autres bizarreries indescriptibles laisse carte blanche au dénommé Has-Lo jeune mc et producteur qui, derrière le titre très défaitiste In Case I Don’t Make It, délivre  un bilan humain personnel en 15 actes. Vous pensiez qu’il n’y avait pas plus plombant qu’une tragédie familiale dans la Grèce Antique ? Et bien préparez les antidépresseurs car Has-Lo est encore plus glacial qu’un macchabé…


 

Soyons direct, il y a une catégorie d’album qui perd de sa superbe soit par un discours trop dramaturge et pesant soit par des productions trop complexes et lourdes. Has-Lo, lui, cumule carrément les deux et à part se définir comme une personne qui s’adonne à mettre constamment la main sur l’épaule du badaud déprimé par empathie, la traversée de son premier essai In Case I Don’t Make It demande un effort et parfois un sacrifice. Flow monocorde et très laid back aussi droit qu’un piquet, Has-Lo, le mc, ne détend pas l’atmosphère bien au contraire…  La gravité de son univers, qu’il soit basé sur une réflexion générale ou sa vie privée, demande la présence d’une boîte de Prozac à portée de main.


Si, bizarrement, l’album est délivré sans contre indication médicale (il eu été nécessaire d’interdire au moins son écoute en conduisant), In Case I Don’t Make It n’en reste pas moins surprenant à bien des égards. En premier, la production, pour un premier essai, Has-Lo délivre un travail qualitatif impressionnant. Si la vibe générale ne peut plaire à tout le monde, ses productions minimalistes et aériennes sont intelligemment structurées et en adéquation avec la thématique. On aurait pu espérer des césures musicales un peu plus vitaminées de temps en temps mais avec une ambiance downtempo et des drums expéditifs, la cohérence est de mise. 


Que retenir de ce premier essai ? Selon sa capacité à résister à la lourdeur de l’introspection on pourra dans un premier temps mettre de côté les deux Untitled, le début de l’album étant plus digeste : Build Jewelz et Fiber Optic sont les premiers sons qui se démarquent et donnent une identité à la pate musicale d’Has-Lo (et sans se mentir les thématiques plus générales aident à y adhérer). Dans une autre mesure le très sombre et angoissant Limit ou au contraire le très éclairé et rassurant Years Later sont vivement conseillés. Pour une adéquation parfaite entre prestation microphonique et maîtrise du beat, Storm Clouds finira par faire admettre qu’Has-Lo sera à suivre dans les années à venir.


Sûrement trop lourd à avaler et souvent proche de l’indigeste, In Case I Don’t Make It  est un premier essai à ne pas prendre à la légère (normal c’est trop lourd…). Malgré une envie de trop bien faire, Has-Lo se perd dans une complexité lyrical et musicale qui le dessert par moment mais qui, par d’autre, impose un respect pour ce nouvel artiste. Loin des strasses et des paillettes, Has-Lo délivre une autobiographie musicale abrupte et sans concession. Maintenant que les présentations sont faites, il va falloir savoir jouer sur des thématiques un peu plus enjouées pour balayer plus large et venir titiller son confrère Apollo Brown comme artiste référence du label Mello Music Group.


13/20

1 commentaire:

SnowgoonS a dit…

Sûrement trop lourd à avaler et souvent proche de l’indigeste, In Case I Don’t Make It est un premier essai à ne pas prendre à la légère (normal c’est trop lourd…)

J'ai ris...

Alors que dire ci ce n'est que ça me fait bien plaisir que tu es pris du temps pour ce skeud.
Les Bémols : MMG limite bobo mmmm perso limite ceux qui ont tous compris et qui possèdent un catalogue des plus intéressant et le fait de mettre leurs oeuvre en libre téléchargement un an ou deux ans après leurs sortie c'est juste intelligent, je kiff bien ce label.
J'aurai bien aimé avoir une chro ou tu te serais mis dans sa peau dans sa déchéance pour nous la retranscrire à ta façon... mais ça doit demander pas mal de travail et d'implication...
Sinon oui comme je le disais aussi mieux vaut son prozac, parce que l'effet presque psychotrope de part l'ecoute de l'opus est dangereux pour la santé.
J'ai aimé parce-que ça faisait longtemps que je n'avais pas ressenti une telle adéquation entre la prestation et l'univers ambient, ha si peut être sur le Shaolin vs Wu-Tang... pardon.
Au final bonne petit chro à l'image de l'album, merci encore de t'etre penché dessus...!!!