4 nov. 2010

Main Flow - Return Of The Castle (2010)



Mesdames et messieurs si je me présente devant vous en tant qu’avocat de la défense de Main Flow ce n’est pas pour laver de tout soupçon mon client mais bien pour rationaliser les charges retenues contre lui. De quoi mon client est-il réellement coupable ? D’avoir une oreille musicale merdique et d’avoir sorti un projet à la hauteur de ses goûts ? Nous ne pouvons pas le renier car Return Of The Castle est bien le résultat d’un travail bâclé et à la limite du foutage de gueule. Mais pour autant peut-on qualifier cet effort de bouse de l’année ? Je ne le pense pas et pour vous prouver mes dires je m’avance devant vous afin de prononcer mon réquisitoire qui avec les éléments de défense argumentés ne pourra plus immiscer un doute dans vos esprits et quand le moment sera venu de prononcer la sentence, le résultat ne pourra être que l’acquittement sur l’ensemble des griefs retenus contre lui.


En premier lieu, il est important de convenir que mon client, Main Flow, est loin de faire ses premiers pas dans ce genre musical puisque sa carrière musicale commence au sein de Mood avec la sortie d’un album Doom en 1997 parainé par Hi-Tek ce qui peut être pris comme un gage de qualité pour l’époque (ça serait aujourd’hui, on crierait volontiers à la désertion). La suite se passera en solo pour mon client avec la sortie de 4 albums entre 2001 et 2006 et un résultat qualitatif plus ou moins bon. Comme vous le voyez, la musique pour Main Flow est une histoire qui date et qui démontre un intérêt certain du mc pour ce sous-art (faut bien se mettre le jury dans la poche…).

Re-concentrons-nous sur cet album Return Of The Castle, en se posant cette question est-ce que l’album est dans son entier une énorme bouse ? Avec un minimum d’objectivité, nous ne pouvons répondre par l’affirmative.  Sur l’aspect de la production des beats, Blunt, DJ Dez, Jahson & BBG, O.S.T.R. Lucid One et les Snowgoons livrent un travail plutôt propre même si clairement à l’oreille cela sonne vraiment creux. On peut donc conclure que c’est sur les prestations microphoniques que le bas blesse. Et encore, avec un peu de bonne volonté on trouve de quoi nourrir correctement ses oreilles. Le début de l’album comprenant l’introduction The Drawbridge, Return Of The Castle en compagnie du mc de Boston Esoteric, The Gate avec l’autre moitié de Mood Donte et All Goes Down avec Ragga espèce de clone raté de Cee-Lo sur le Hook peuvent être digestes pour des non-profanes en la matière et surtout averti des dangers qu’ils encourent à l’écouter.

Nonobstant  cet effort certain, on ne peut pas renier les lourdes faiblesses du reste du contenu. Mais il est clair que Main Flow ne peut être entièrement responsable de ce désastre et c’est pourquoi, Mesdames et Messieurs, j’ose pointer du doigt dans l’enceinte de ce tribunal la coresponsabilité des pseudos chanteurs de rnb à l’eau de rose qui viennent polluer par leur présence le reste de l’album. En premier lieu Chrissy Depauw qui avec un seul mot « Dungeon » arrive à faire fuire l’auditeur et l’oblige à zapper la track. On est content de savoir que Just Brea, espèce d’imitation de Faith Evans en pire ce qui paraissait improbable, n’est pas percée au grand jour et on lui rappellera que les hooks rnbisés à la sauce 90’s sont désuètes et mieux vaut s’en tenir là. Justin Werner mérite, lui, une peine exemplaire pour nous casser les oreilles à répéter ses gammes sur les verses de Main Flow pour ensuite nous endormir comme une double dose de prozac sur le Hook, d’où l’intérêt de la légalisation de la coke dans son cas. On arrive à la blague parmi les blagues Dark Ages qui aurait dû se renommer « Fly Fly Butterfly » ou « I Love my Teddy Bear » ne fera monter la pression sanguine que des R. Kelly et autre Dutrou, on remerciera quand même Neorah Havva qui mérite de part sa prestation d’être adoptée par une famille autrichienne afin de finir sa vie dans la cave de son nouveau paternel. Enfin et comme si ce n’était pas assez, l’album offre une bonus track avec Justin Werner qui recommence à nous emmerder pendant les verses avant de vous injecter une dose de morphine en intraveineuse.

Comment conclure ce réquisitoire ? Déjà en rappelant que l’ensemble de l’album est loin d’être homogène malgré un très fort pourcentage de ratés. Puis, mon client ne peut porter la responsabilité si lourde des infâmes prestations sur les hooks. Mais surtout Mesdames et Messieurs les jurés et c’est par ce dernier aparté que je conclurai mon réquisitoire, si Return Of The Castle ne peut échapper à une catégorisation dans le tiroir déjà bien fourni des grosses bouses est-ce pour autant qu’il doit être pris comme le bouc-émissaire des ratés répétitifs du rap actuel ? Nous ne pouvons accepter de laisser partir à l’abattoir un mc qui derrière des goûts et des orientations très suspects cache de réelles capacités microphoniques. C’est pour cela qu’en tant que représentant de la Société dans son ensemble vous vous devez de prononcer l’acquittement pour les griefs retenus contre mon client : Main Flow.


5/20

3 commentaires:

SnowgoonS a dit…

Voila une chro que j’apprécie beaucoup, bien vu le cote tribunal, on aurait pu s'y croire, respect pour avoir fait l'effort de faire une bonne petite chro sur un album tout pété et sans intérêt, d'ailleurs tes quelques passages haineux ressortent du coup avec beaucoup d'humour.

Unknown a dit…

C'est bizarre mais souvent les albums tout pétés t'inspirent plus que les bastos. Merci pour le compliment !

Anonyme a dit…

C'est ma première visite i temps ici. J'ai trouvé tellement de choses intéressantes sur votre blog en particulier sa discussion. Du tonnes de commentaires sur vos articles, je suppose que je ne suis pas le seul à avoir tout le plaisir ici! maintenir le bon travail.